Qu'est-ce que la RSE ?

Développement durable

Une planète aux ressources infinies ?

Notre paradigme économique actuel est basé sur l’hypothèse d’un monde infini aux ressources illimitées. Or, la plupart des matières premières utilisées sont non renouvelables, et les capacités de régénération des ressources naturelles sont limitées. En outre, les écosystèmes terrestres et marins ont des capacités restreintes d’absorption de polluants et de CO2.
L’économie est actuellement confrontée à trois défis majeurs :

  • Dégradation de multiples écosystèmes (forêts tropicales, mangroves, rivières, habitats marins…) au profit de surfaces agro-industrielles, urbaines et commerciales

  • Surexploitation des ressources non renouvelables : métaux (cuivre, plomb, terres rares…), énergies fossiles (pétrole, charbon…), etc.

  • Surconsommation des ressources naturelles régénérables : eau (nappes phréatiques, désertification…), bois (déforestation), poissons, etc.

Les conséquences sont inquiétantes et potentiellement irréversibles : fragilisation des systèmes de support de la vie sur Terre (climat, biodiversité…) et perte des biens et services écosystémiques associés, épuisement imminent de certaines ressources non renouvelables, et capacité de régénération des ressources renouvelables inférieure à leur consommation (Earth Overshoot).

Les trois piliers du développement durable

Le développement durable propose un modèle économique qui couvre les besoins actuels des êtres humains, tout en permettant aux générations futures de satisfaire les leurs.
Ce concept se base traditionnellement sur 3 piliers interdépendants : l’environnement, le social et l’économie.

Environnement
Pour maintenir les services écologiques et garantir la survie de notre espèce, les activités humaines doivent nécessairement préserver le système Terre, respecter ses capacités de régénération et se poursuivre dans certaines limites planétaires. Or, plusieurs seuils ont déjà été dépassés : dérégulation du climat, perte de la biodiversité, perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore, etc.

Social
Bientôt 8 milliards d’êtres humains sur Terre manifesteront leurs droits légitimes à satisfaire leurs besoins primaires (air propre, eau potable, nourriture…), de protection (logement, santé, droits…), d’accès à des biens et services (commerciaux, culturels, éducatifs, financiers, médicaux, sociaux…), d’avoir un travail décent et de réaliser leurs rêves. Bien que la situation humanitaire se soit améliorée au niveau mondial, un tiers des êtres humains vivent dans des conditions de développement insuffisantes où l’inégalité en termes de revenu, de richesse et de pouvoir demeure trop élevée, notamment pour les femmes.

Économie
La fonction principale de l’économie est de faciliter la distribution de biens et de services. Un développement économique durable devra habiliter chaque être humain à accéder aux biens et services qui lui permettront de vivre dignement, tout en évitant de gaspiller nos stocks de ressources. Les défis consistent donc à réorienter nos systèmes de production vers le capital naturel régénérable et à diminuer notre dépendance aux énergies fossiles. En termes macroéconomiques, il s’agit d’optimiser le système économique en fonction des facteurs de production, en tenant compte des ressources régénérables et non-régénérables, qui agissent comme des limitantes du système.

Vers une économie durable

Des modèles actualisés se concentrent sur la résilience et situent l’économie comme étant l’intermédiaire entre les besoins de la société et les limites des systèmes terrestres.

 
Les acteurs du développement durable

Nos sociétés modernes sont composées de 3 grands acteurs qui peuvent contribuer de différente manière au développement durable : les pouvoirs publics, la société civile et les entreprises.

Pouvoirs publics
Acteur traditionnel du développement durable, l’État a une approche règlementaire et dépend de l’opinion publique. Au niveau international, l’Organisation des Nations Unies promeut les 17 objectifs de développement durable (ODD), en remplacement des Millenium Goals, pour orienter les politiques nationales vers une croissance économique mondiale, socialement inclusive et durable du point de vue de l’environnement. Au Luxembourg, le gouvernement a publié son troisième plan national pour un développement durable pour contribuer à l’agenda 2030 des Nations Unies.

Société civile
La société civile est formée par les individus qui composent la population, et leurs opinions peuvent être représentées par des groupements d’intérêt (associations, partis politiques…). En tant que consommateurs et électeurs, les membres de la société sont de mieux en mieux informés sur les enjeux du développement durable, mais sont souvent résistants au changement. Les dysfonctionnements économiques, sociaux et environnementaux sont thématisés dans les médias, et les multiples enjeux liés au développement durable (p. ex. égalité des chances, santé, protection des consommateurs, droits des animaux…) ont évolué vers de nouvelles attentes de la société.

Entreprises
Les acteurs économiques sont confrontés aux réalités de leurs impacts sur la société et l’environnement (employabilité, droits de l’homme, pollution, nuisances…), et font face à de nouvelles menaces règlementaires ou sociétales (digitalisation, boycottage, chaînes de valeur complexes…). Or, les entreprises prennent conscience que leur contribution au développement durable peut aussi être une opportunité, tant pour leurs activités que pour la société. Ainsi, nombreuses sont les entreprises qui participent au cercle vertueux d’une création de valeur partagée, en mettant en œuvre une stratégie de RSE.

Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE)

La contribution des entreprises au développement durable

La responsabilité soci(ét)ale des entreprises (RSE), en anglais Corporate Social Responsibility (CSR), est une démarche volontaire de conduite des affaires, qui reflète la contribution des entreprises au développement durable. L’ISO 26000, publiée en 2010, est la norme de référence non-certifiable de la RSE.
De nature stratégique, la RSE est une nouvelle fonction de support (comme RH, achats, IT…) qui aide l’entreprise à s’adapter à son contexte économique, social et environnemental, tout en créant de la valeur partagée.
Pour devenir une ENTREPRISE RESPONSABLE

Identifiez les attentes de la société envers votre entreprise, et développez une stratégie RSE qui crée de la valeur partagée pour votre entreprise et pour la société.

  • Intégrez les principes essentiels de la RSE dans votre gouvernance pour améliorer la prise de décision et la gestion de vos parties prenantes.
  • Mettez en œuvre une stratégie RH responsable, et adoptez un comportement bienveillant et équitable envers vos salariés tout au long de leur carrière.
  • Développez une chaîne de valeur écoresponsable pour augmenter l’efficience de vos activités et pour limiter les impacts environnementaux.

Une responsabilité basée sur les attentes de la société

Puisque les activités d’une entreprise impactent l’économie, la société et l’environnement, il est compréhensible que les personnes impactées en attendent un comportement responsable et diligent. Archie Carroll a identifié 4 types d’attentes de la société qui font émerger 4 catégories de responsabilités pour l’entreprise : économiques, légales, éthiques et philanthropiques. La pyramide de la RSE reflète leur importance.

La nature exacte de la responsabilité d’une entreprise dépend de sa taille et de son secteur. L’importance, voire la matérialité des sujets sociétaux est intimement liée aux intérêts des personnes et entités qui sont impactées par les activités de l’entreprise. Ainsi, si vous avez lancé une startup IT, vos clients seront particulièrement vigilants quant à la protection de leurs données personnelles, et vos investisseurs s’intéresseront davantage à votre pérennité. D’un groupe industriel, le gouvernement exigera des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Dans toute grande entreprise, les syndicats s’inquiéteront de la sécurité et de l’employabilité des salariés.

Le relations entre entreprises et société

L’entreprise est une organisation qui utilise des inputs (travail, connaissances, capital, ressources…), pour les transformer (via des processus) en outputs souhaités (ROI, biens et services, salaires, impôts…), mais aussi non souhaités (pollution, CO2, nuisances…). Les entreprises ne fonctionnent pas comme un système fermé, mais ont besoin des ressources de la société. Il importe donc d’analyser les relations entre les entreprises et la société. 

Deux visions s’opposent : Milton Friedman affirme que l’unique rôle de l’entreprise est de générer du profit pour les actionnaires, les shareholders, alors qu’Ed Freeman conçoit l’entreprise comme un système de multiples acteurs qui collaborent pour retirer des avantages mutuels et individuels, les stakeholders, ou parties prenantes (actionnaires, salariés, clients, fournisseurs, gouvernement…). Pour les deux économistes, l’entreprise doit produire de la valeur, mais il y a manifestement un malentendu sur la notion de valeur.

Création de valeurs partagées

Pour assurer sa pérennité, une entreprise ne peut plus considérer le retour sur investissement comme seule pierre angulaire de son édifice économique, mais doit concevoir la création de valeur comme un système cohérent. Le capital intangible (compétences, organisation…), les processus (travail, exécution de tâches…), et la valeur perçue par le client (utilité des biens et services, réputation…), doivent faire partie intégrante d’une stratégie d’entreprise. La valeur financière (profit, argent, ROI…) n’est que le résultat de la bonne gestion des dimensions précédentes. 

Dans la société, la valeur peut se présenter notamment sous forme de stocks de 4 capitaux : capital environnemental (ressources naturelles, services écosystémiques, climat…), capital sociétal (êtres humains, santé, sécurité, connaissances, relations sociales, culture…), capital économique (accès à des biens et services) et capital financier (richesse, demande des clients, investissements…). Selon les besoins de l’analyse, le périmètre de cette valeur peut se concentrer sur une commune ou un pays, ou s’étendre à la Grande Région, l’Union Européenne ou au niveau mondial.

On s’aperçoit tout d’abord que les actions et décisions prises par votre entreprise peuvent augmenter ou diminuer ces stocks de capitaux, c.-à-d. créer ou détruire différentes formes de valeur dans la société (p.ex. contribuer au bien-être, préserver la santé de ses salariés, se rendre complice de violations des droits de l’homme…). De même, l’entreprise est entièrement dépendante de la société pour toutes les ressources dont elle a besoin. Une société saine et prospère est nécessaire au fonctionnement des entreprises. 

Donc, la seule stratégie pérenne pour l’entreprise est de créer de la valeur pour elle-même, tout en préservant et développant la valeur dans la société de laquelle elle dépend. Le choix entre profit ou valeur sociétale ne se pose pas, il est tout à fait légitime et possible de générer du bénéfice et un impact sociétal positif. Cette idée de création de valeur partagée proposée par Michael Porter et Mark Kramer en 2011 a révolutionné le champ d’application de la RSE, et surmonté l’antagonisme entre entreprise et société.

La RSE propose un ensemble cohérent d’actions qui répondent à des problématiques sociétales pertinentes pour votre activité et qui offrent des solutions durables et résilientes tant pour votre entreprise que pour la société (p.ex. santé des salariés, innovation, empreinte carbone, droits de l’homme, chaîne d’approvisionnement responsable, salaires équitables…). C’est ainsi que votre entreprise crée de la valeur partagée pour vos activités et pour la société dans laquelle elle évolue

Avantages de la RSE

Bienfaits de la RSE pour les entreprises

La RSE est une opportunité pour chaque entreprise d’améliorer sa gouvernance, de renforcer son engagement sociétal et de limiter ses impacts environnementaux. L’entreprise assure ainsi sa propre pérennité tout en contribuant au développement durable. La RSE offre un contexte dans lequel les entreprises peuvent réévaluer leurs relations avec la société du XXIème siècle.

Dans une entreprise, la RSE a d’abord un impact important sur les connaissances. Le fait de mieux considérer l’être humain a des effets sur le sens que chacun attribue à son travail, donc sur son bien-être, sa motivation, son engagement et sa productivité. Une telle approche peut se traduire par une chute de l’absentéisme, la fidélisation des salariés et la capacité à attirer de nouveaux talents, notamment en développant la marque employeur. Pour le dirigeant, la RSE est un outil essentiel pour mobiliser les parties prenantes internes autour d’une vision positive et durable.

En termes de processus, la RSE prépare à la mise en conformité règlementaire. Elle protège les ressources stratégiques de l’entreprise (matières premières, énergie, compétences…) en améliorant ses relations avec ses chaînes d’approvisionnement et de distribution (fournisseurs, intermédiaires…). En remettant en question la pertinence, et en augmentant l’efficience de certaines tâches, elle permet d’obtenir les mêmes résultats en utilisant moins d’énergie et de matières premières, en générant moins de gaspillage et de pollution, et en ayant un impact plus favorable sur l’environnement. Dans le même temps, elle encourage l’amélioration continue, la qualité, l’innovation, l’économie circulaire et le développement de produits écoresponsables, permettant ainsi à l’entreprise de devancer ses concurrents sur les marchés de demain.

Dans un contexte concurrentiel volatile et digital, la création de valeur pour le client à travers les attributs et caractéristiques des biens et des services offerts est devenu un défi. Un positionnement responsable et une transparence accrue renforcent l’image de marque et la confiance de toutes les parties prenantes (pouvoirs publics, société civile, associations, concurrents, médias…). Le fait de considérer leurs intérêts permet à l’entreprise d’améliorer sa réputation, de fidéliser les clients existants et de mieux satisfaire leurs besoins, tout en se procurant un avantage concurrentiel.

Souvent considéré comme la seule dimension pertinente de l’entreprise, le profit n’est pourtant que la résultante d’une bonne gestion des 3 dimensions de valeur précédentes. Comme le ROI est un simple rapport entre dépenses et recettes, les avantages financiers de la RSE sont évidents : être présent sur de nouveaux marchés génère plus de ventes, proposer des biens et services responsables et innovants permet d’augmenter sa marge, et en étant plus résiliente, efficace et efficiente, l’entreprise fait des économies (réduction de primes d’assurances…), maîtrise ses risques (absence de sanctions) et diminue ses coûts. En outre, l’entreprise peut accéder plus facilement à des capitaux et des taux d’intérêt attractifs. Ajoutons que de nombreuses initiatives RSE, en matière de formation professionnelle ou d’efficacité énergétique par exemple, peuvent faire l’objet de subventions et d’aides financières.

Bienfaits de la RSE pour la société

Une stratégie RSE contribue à préserver et à développer la société au sens large. Une action RSE a pour objet de soit limiter des externalités indésirables, soit générer un impact positif dans une des 4 catégories (économie, biens & services, environnement, social), et de contribuer aux 17 objectifs de développement durable qui répondent aux grands défis mondiaux.

La création de richesse et les dépôts monétaires dans les institutions financières représentent une source de financement de nouveaux crédits et génèrent un effet multiplicateur. Le juste acquittement des impôts permet de soutenir une infrastructure administrative, physique et légale. L’entreprise stimule la demande locale de manière directe en tant qu’investisseur et acheteur responsable, et indirectement à travers des flux salariaux réguliers. En renforçant sa résilience, elle contribue à améliorer la compétitivité nationale.

Une entreprise responsable offre des biens et services souhaitables pour la société qui sont dans l’intérêt du consommateur, et lui assurent un niveau de vie agréable. Elle a la capacité d’influencer l’opinion publique afin de guider le consommateur vers des alternatives innovantes et écoresponsables (choice editing). La bonne exécution des engagements contractuels stimule et renforce le tissu économique et développe des réseaux de fournisseurs locaux. 

Une gestion environnementale permet de réduire l’empreinte écologique des constructions, des équipements et fournitures, d’optimiser l’utilisation de ressources naturelles et d’énergie, de limiter la contribution au réchauffement climatique (émissions de GES), et de réduire les déchets, pollutions et nuisances. 

Le respect des droits de l’homme est le fondement de nos sociétés modernes. Grâce à un climat de travail assurant la sécurité, la santé et le bien-être, les salariés bénéficient d’une meilleure santé physique et mentale également en dehors du travail, ce qui décharge les systèmes de sécurité sociale. En gérant la diversité et l’égalité des chances, la RSE favorise l’inclusion et l’équité, et est vecteur de cohésion sociale. Une gestion des affaires transparente inspire la confiance nécessaire pour dialoguer avec les parties prenantes, positionner l’entreprise comme un catalyseur du changement et impulser une dynamique d’innovation sociale.

Cercle vertueux du développement durable

Les bienfaits de la RSE dans l’entreprise et dans la société se renforcent mutuellement et leurs itérations successives créent un cercle vertueux pour le développement durable.

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